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Coup de coeur

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Slow business = better business

17 octobre 2017

A l’heure où tout s’accélère, paradoxalement, nous n’avons jamais autant parlé de pause, de déconnexion, voire de Slow Business. Une grande curiosité sur le fait de travailler et de manager autrement et sur une telle antinomie entre les termes slow et business, m’ont amené à analyser de plus près cette tendance du Slow.

Alors, octroyez-vous quelques minutes pour lire cet article. Car détrompez-vous, le Slow Business n’est ni l’apanage des fainéants, ni un effet de mode. Déchargés de cette culpabilité, pourquoi ne pas essayer de décélérer, d’être plus créatif, d’inventer de nouveaux rythmes, d’être plus patient et plus endurant ? Et si finalement, vous acceptiez d’être lents à certaines périodes, pour être plus rapides le moment venu ? Car comme le montre Pierre Moniz-Barreto, dans son livre Slow Business, grâce à des modes de management orientés slow, des entreprises ont pu gagner en efficacité, en mieux être et en performance économique.

 

Adopter un nouveau rythme : le Tempo Giusto

La notion de Tempo Giusto est souvent citée comme référence. Transposée au domaine du business, elle dénonce le dogme de la vitesse comme condition de performance, et préfère la notion de juste temps.

Quelques principes pour diriger ses activités en chef d’orchestre selon Jacques Porte, pionnier de la musicothérapie en France :

  • Nous devons sans cesse trouver une harmonie entre les rythmes à créer, les rythmes auxquels nous sommes soumis et notre propre rythme.
  • Le rythme permet de distinguer des temps forts « temps existentiel » et des temps faibles « temps essentiel ». Le premier, d’ordre social et compétitif, relève d’une dictature de l’instant et va vite. Le second, réclame de la lenteur, et fait pénétrer dans une dimension temporelle plus vaste, plus profonde, plus consciente.
  • L’intégration du principe de décélération permet d’améliorer la performance globale des individus et des collectifs.
  • De la vitesse, toujours, mais des pauses, des intervalles, qui favorisent la concentration et une intériorité.

 

Repenser son rapport au temps

Le mouvement du Slow Business propose de repenser notre manière de travailler, et cela passe également par un autre rapport au temps.

Il n’implique pas forcément une apologie inconditionnelle de la lenteur, mais une meilleure maîtrise de son temps. Voir l’interview d’Yvon Chouinard, patron de Patagonia.

Quelques exemples pour illustrer ce meilleur rapport énergie-temps :

  • L’exemple de Thierry Marx avec le judoka. Chef à la tête du Mandarin Oriental, Thierry Marx s’inspire au quotidien des valeurs du judoka dans son management (exigence mais aussi souplesse, patience, réflexion et humilité) et privilégie toujours le meilleur rapport énergie-temps (choisir une solution qui comporte un maximum d’efficacité pour un minimum d’effort). C’est le fameux « le mieux est l’ennemi du bien » !

Il pousse ses équipes à plus d’efficacité, n’hésitant pas à décrocher et à amener régulièrement ses collaborateurs à l’institut national du judo. Ce ne sont pas des moments perdus, mais des temps qui contribuent à souder les membres de ses équipes en s’inspirant de la philosophie des arts martiaux.

  • Jason Fried, entrepreneur américain à la tête de 37signals, lutte contre les méfaits du temps toxique et prône la qualité du travail plus que la quantité. Ses conseils :
    • Éviter les distractions, les coupures de rythme. Les interruptions sont toxiques.
    • Eviter la réunionite.
    • Acquérir un mode de travail plus sain comportant des occupations non professionnelles. S’aérer le cerveau, relativiser ses problèmes, stabiliser ses humeurs, améliorer les énergies. Ses collaborateurs développent ainsi une capacité à se ré-impliquer dans leur travail d’une façon renouvelée.
    • Eviter l’excès d’urgence.

 

Le business à l’écoute de la nature : biomimétisme et chronobiologie.

Et si nous apprenions à diriger nos activités en nous inspirant des grands principes temporels issus de la nature ?

  • Le biomimétisme : la nature comme modèle nous enseigne bien des choses. Resituer nos activités court-termistes dans une perspective plus longue ; sortir de notre zone de confort ; savoir être patient dans un contexte « speedé » et flexible dans un cadre rigide ; être ouvert aux influences extérieures ; accepter des cycles de transformations incessants, l’incertitude, etc.
  • La chronobiologie : c’est le fameux « connais-toi toi-même » qui s’applique aux unités de temps de travail. L’idée est d’être le plus possible en accord avec ses rythmes naturels. Certains d’entre nous sont des « alouettes », soit des lève-tôt et des couche-tôt, alors que d’autres sont des « hiboux », soit des lève-tard et des couche-tard. Le Slow Business ne fait qu’encourager ce genre de distinction : un temps flexible, pas de contrôle des horaires, plus de confiance.

 

8 orientations pratiques de « Slow Business » :

  • Favoriser le temps partiel, le temps souple, le temps nomade.
  • Encourager le temps de la gestation dans les processus créatifs et décisionnels.
  • Privilégier le temps de la vision : avantager les stratégies à long terme, inscrites dans un projet d’entreprise générateur d’horizon et de sens.
  • Donner du temps à l’écoute.
  • Gagner en capacité de discernement.
  • Développer et mettre en pratique son intuition.
  • Savoir dire non.

Le classement des entreprises où il fait bon vivre :

Classement de Great Place to Work.

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Posture et création de valeur : « les pépites », un film inspirant

10 janvier 2017

Fin 2016, je me suis fait un cadeau : je suis allée voir le film de Xavier de Lausanne intitulé « Les pépites ». Quel beau titre pour un documentaire qui témoigne de l’aventure édifiante d’un couple hors norme !

film-pépites

 

Il y a 25 ans, tout juste retraités, Christian et Marie-France des Pallières découvrent le quotidien inhumain des enfants chiffonniers d’une décharge de Phnom-Penh, au Cambodge. Dans une odeur insoutenable, la nuit comme le jour, pour se nourrir et survivre, ces enfants aux pieds nus et aux yeux hagards sont contraints de fouiller les déchets. Certains y laissent leur vie dans des conditions atroces et le plus total anonymat.

C’est sans compter sur ces deux modestes héros, qui d’étape en étape et sans préméditation, vont changer la vie de plus de 10 000 enfants.

Mais quelles sont ces Pépites et que nous enseignent-elles ? Il y en a beaucoup dans ce film qui a bouleversé le public, j’en retiendrai trois.

 

  • Pépite n°1 : partout et tout le temps, tout est question de posture

Marie-France et Christian n’étaient pas destinés à une telle aventure : « On a trouvé un terrain à vendre…, on n’avait jamais rien construit…, on sentait bien qu’on partait dans une aventure ». Comme beaucoup de bénévoles engagés, ils sont avides de partages et de rencontres, dotés d’une ouverture exceptionnelle sur l’autre, ils sont curieux de comprendre les différences. Et surtout, ils sont tendus par l’envie de vivre leurs rêves : « S’il n’y pas de rêve dans la vie, il n’y a pas de vie ».

C’est cette croyance profondément enracinée en eux qui les conduira à lâcher prise face aux difficultés de la vie, à se faire confiance, à faire le tour du monde en camping-car avec leurs 4 enfants, et bien plus tard, à créer au Cambodge un centre éducatif permettant de scolariser des enfants, mais aussi de soigner et de former les jeunes au métier de leur choix parmi les 28 proposés, bref, de leur permettre aussi de rêver et de reprendre goût à la vie.

 

  • Pépite n°2 : Les émotions sont un formidable carburant

Dans le documentaire, alors que la décharge est fermée depuis longtemps, Christian prononce une phrase assez énigmatique pour moi alors. Avec nostalgie, il fait référence à l’odeur de la décharge qui lui manque. Puis j’ai compris : ce qui va surtout amener ce couple à vendre tous ses biens en France pour changer complètement sa destinée, c’est sa capacité à s’indigner face à l’intolérable : « Nous avons vu les enfants manger dans les ordures de la décharge de Stung Meanchey. C’était à hurler ! Il n’était pas possible, après avoir vu cela, de continuer à vivre normalement. Il fallait faire quelque chose ».
C’est la découverte de cet enfer (odorant) qui Capture d’écran 2017-02-20 à 15.52.49
a donné l’idée aux Pallières de construire une petite paillote à côté de la décharge pour procurer un repas par jour aux enfants. Disons plutôt : ce sont les émotions suscitées par cette découverte, la stupéfaction, l’horreur, l’indignation, la colère qui les pousseront à agir de façon rapide pour répondre à un premier besoin élémentaire de ces enfants : manger. Et l’odeur, comme une empreinte indélébile, fixera pour longtemps ces émotions et donc ce désir irrépressible d’agir pour se battre contre une réalité insupportable et progressivement la transformer.

 

C’est ce qui rend le film terriblement attachant et instructif : la mise en image des émotions qui relient les personnes à des histoires, à des lieux, à des événements et bien sûr à d’autres personnes.

Il montre comment deux individus, guidés uniquement par leurs croyances, leurs valeurs et leur boussole des émotions vont agir pour révolutionner la destinée de ces enfants. Tout cela à un moment où pour beaucoup, c’est presque la fin : la retraite.

 

  • Pépite n°3 : la rencontre et l’écoute, les meilleurs leviers pour créer de la valeur

Marie-France et Christian ont un énorme atout : ils ne jugent pas, ils cherchent à comprendre et à créer la relation : « Faire de chaque jour une surprise, de nouvelles rencontres ». C’est cette intelligence de la relation qui leur permettra d’être patients dans le contact avec ces enfants effarouchés, qui n’ont plus confiance en personne. De comprendre que non, contrairement à ce que l’on aurait pu croire, les enfants n’ont pas besoin d’une charrette pour transporter les déchets : ils veulent simplement aller à l’école, il suffisait de leur demander. Oui les parents et autres adultes maltraitants sont aussi des victimes, la guerre est passée par là, comment leur faire accepter la perte économique liée à ces enfants qui ne travaillent plus mais vont dorénavant à l’école : en leur distribuant des sacs de riz tous les mois en échange de cette scolarisation, en alphabétisant les mères… Comment rendre pérenne l’association grandissante, placée au cœur de la vie locale ? En confiant son administration et ses principales missions aux acteurs locaux : « On ne pouvait pas le faire sans les Cambodgiens ».

Mués par un désir de rencontrer et de venir rapidement en aide, Marie-France et Christian ne font pas les réponses, ils ne pensent pas à la place de l’autre, ils ne cherchent pas avant tout à être pédagogues pour expliquer : ils vivent sur place, ils prennent le temps de l’observation, ils vont vers l’autre. Ils posent des questions simples et écoutent les réponses sans apriori, sans connaissance préalable, ni jugement. Avec une intelligence des situations sans pareille, à chaque étape, face à chaque nouveau défi qui ne manque pas de se présenter, ils incluent toutes les parties prenantes pour des propositions plus pertinentes, répondant au mieux aux besoins exprimés : enfants en premier lieu mais aussi parents, enseignants, médecins, formateurs, assistants sociaux, élus et acteurs locaux, donateurs…

 

 

N’est-ce pas tout cela aussi manager et plus largement entreprendre : une posture, c’est-à-dire une manière d’ETRE, en lâchant prise face à la complexité, en se faisant confiance en dehors de toute expertise, en s’appuyant sur ses valeurs et ses croyances fortes, sur soi, sur les autres et sur la vie, et surtout en étant profondément habité par la volonté d’infléchir une réalité non satisfaisante, là où d’autres, avec fatalisme, ne voient aucune marge de manœuvre ? Souhaitons-nous pour 2017 de multiples occasions de mettre en œuvre ces enseignements tous ensemble, pour améliorer modestement et efficacement nos environnements proches et par là-même notre monde.

 

Pour visiter le site de l’association « Pour un Sourire d’Enfant » :

http://www.pse.ong/fr

http://www.pse.ong/sites/default/files/EXTRAIT_ALBUM_LES_PEPITES.pdf

Pour voir la bande annonce du film :

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19563848&cfilm=246461.html