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Nancy Gutierrez

Pédagogie

Du bon usage des neurosciences dans l’accompagnement professionnel

24 octobre 2017

Cette année, à l’occasion de divers événements, notre communauté cinapsienne (synapsienne devrai-je dire !) a témoigné un fort intérêt pour les neurosciences. Même si l’apport de celles-ci dans les sciences humaines n’est pas nouveau, il est vrai que, depuis quelques années, les neurosciences génèrent un engouement inédit auprès du grand public, avec notamment la publication de nombreux ouvrages de vulgarisation des travaux scientifiques portant sur ce qu’il convient d’appeler l’Esprit humain.

 

Parlez-vous neuro ?

Ainsi, dorénavant les neurosciences s’invitent partout : dans la santé mais aussi dans les apprentissages scolaires, le sport, l’hygiène, dans le développement et l’éducation de nos enfants et de nos adolescents, au travail, en développement personnel et même dans le couple ! Face aux environnements complexes et de plus en plus digitalisés, à l’heure de l’intelligence artificielle ou du transhumanisme, il semblerait que nous ayons besoin plus que jamais de comprendre et de valoriser ce qui fait le propre de l’humain.

Et nos métiers de coach-facilitateur-consultant-formateur n’échappent pas à cette tendance lourde du neuro : on y parle de « neuroManagement » ou de « neuroLearning », on propose aux managers de « neuro-booster » leurs équipes et aux « neuroleaders » de manager selon les « biotypes » (comprenez les personnalités). Quant au coach, on l’invite à « Coacher grâce aux neurosciences ».

 

Les multiples outils et méthodes qui favorisent l’engagement vers le changement

Certes nous n’avons pas encore introduit ces néologismes dans nos interventions ou dans nos communications mais en réalité, cela fait bien longtemps que nous avons intégré les apports des neurosciences dans nos pratiques ! Nos méthodes pédagogiques privilégient toutes sortes d’outils qui permettent de favoriser la mémorisation et l’attention : supports visuels équilibrés, concaténations, fiches mémos, schémas, images et métaphores, expression des émotions, mise en mouvement du corps, carte heuristique, photolangage, facilitation graphique, divers exercices permettant de solliciter l’ensemble des canaux perceptifs, etc.

Nous misons aussi beaucoup sur la force du collectif pour favoriser les apprentissages en co-construction : peer-coaching, jeux coopératifs, diverses occasions de feed-back intégrant aussi la dimension émotionnelle et le renforcement positif, applications digitales, outils de créativité, visualisation mentale…

Lors de nos ingénieries de séminaire, de coaching ou de formation, nous sommes attentifs à trouver les bons équilibres afin de proposer un rythme respectant l’alternance entre réflexion (temps de l’élaboration et de l’émergence) et action (temps de la mise en œuvre). Nous proposons des dispositifs Blended composés de temps formatifs courts, qui permettent les itérations successives favorisant l’apparition et le renforcement des sillons neuronaux, et donc l’ancrage d’apprentissages durables dans le temps.

 

Ce qui fonde notre pratique : une certaine croyance sur l’humain

Par cette alternance, il s’agit aussi de trouver l’équilibre entre le mode automatique du cerveau qui rassure (éléments de cadrage, rituels, partage de bonnes pratiques…) et le mode adaptatif qui explore, accueille et découvre (exercices facilitant l’inclusion et l’ouverture, questionnement, codéveloppement, entrainement…). Car au fond, souvent il s’agit bien de faciliter l’ouverture, indispensable au changement et au processus créatif, dont la divergence et l’émergence sont les fondements.

Au final, nous mettons les enseignements des neurosciences en œuvre tous les jours, au profit d’un apprentissage qui soit le plus respectueux et transformationnel possible, parce que tous les jours nous avons la preuve de la plasticité cérébrale à l’âge adulte ! A vrai dire, plus que les neurosciences, ce sont surtout nos croyances sur l’humain qui sous-tendent les pratiques décrites ci-dessus : nos croyances profondément humanistes nous permettent non seulement de générer chez les bénéficiaires un fort engagement dans leur accompagnement mais aussi de leur procurer beaucoup de plaisir ! Voilà une autre nourriture indispensable pour le cerveau et aussi pour le cœur.😊

Intelligence Collective

Co-développement, les raisons d’un tel succès

12 avril 2017

Nous proposons d’expliquer pourquoi le co-développement, ou Codev, connaît, aujourd’hui un tel succès. Il semblerait que cette méthode, conçue par les canadiens Claude Champagne et Adrien Payette dans les années 90, propose bien des avantages :

  • C’est une méthode reconnue pour sa simplicité.
  • C’est une approche pragmatique et riche d’apprentissages.
  • Et… c’est aussi une expérience modélisante de facilitation !

 

La simplicité de l’approche

La méthode en soi est à la fois simple et rigoureuse :

  • 6 étapes en seulement 1h30 à 2h30,
  • Une personne, souvent un manager, devient Client. Il soumet un problème ou un projet à un groupe restreint de pairs alors appelés Consultants.
  • Le problème ou projet du client est analysé ensemble afin d’identifier des pistes possibles de solutions ou d’actions permettant de faire progresser la situation.

des solutions pragmatiques
La pratique et le vécu professionnel deviennent ainsi sources d’apprentissages, comme les interactions au sein du groupe. Grâce à un plan d’actions autour de solutions non idéales mais pragmatiques, le Codev s’apparente donc à une formation-action permettant d’élargir sa capacité d’action. Cependant, cette simplicité apparente ne suffit pas expliquer le fort développement actuel de cette approche.

 

Une approche pragmatique, riche d’apprentissages

Au fil des séances et avec une économie de moyens et de temps spectaculaire par rapport à une formation traditionnelle, le Codev, en se fiant davantage aux expériences qu’à des modèles théoriques, permet d’améliorer les pratiques tout en faisant de nombreux apprentissages :

  • Les participants s’entraînent à demander de l’aide et donc à reconnaître leurs limites. Indirectement, ils font l’apprentissage du droit à l’erreur. En étant plus acceptant face aux doutes, ils prennent conscience de leur non toute-puissance et sont enclins à être plus doux et bienveillant envers eux-mêmes. Ce qui bien sûr n’est pas sans répercussion sur la qualité de leurs relations en dehors des séances.
  • Ils se dégagent des marges de manœuvre jusque-là non identifiées : ils sortent de leur scénario d’échec ou de leur inertie, ils se mettent en mouvement, ils mettent au travail les dilemmes désorientants vécus sur le terrain face à la complexité. Les managers repartent avec des idées et des envies de faire. Ils sont reboostés.
  • Ils se sentent appartenir à une communauté solidaire de pratiques partageant des problématiques et un cadre de référence communs. Sortis de leur isolement, ils font l’expérience vivifiante de la gratitude.
  • Par une distribution stricte et saine de la parole, ils apprennent à mieux écouter et améliorent très significativement leur questionnement, pour un échange de meilleure qualité, en entretien managérial par exemple.
  • Les participants apprennent à se confronter de façon plus bienveillante, ce qui, par l’effet miroir, leur permet ainsi de mieux se connaitre. Ils intègrent la puissance des émotions qu’ils nomment.
  • Ils prennent une hauteur salutaire face à leur pratique, condition sine qua none pour jouer leur rôle de manager ressource face à la pression du résultat.

En bref, ils développement progressivement plus de confiance en soi, en l’autre et au groupe. Mais ces bénéfices pléthoriques du Codev suffisent-ils à expliquer un tel succès ?

 

Un processus modélisant de facilitation

 Au service d’une posture managériale en mutation

Le co-développement a trouvé ses lettres de noblesse depuis que les entreprises ont réalisé la nécessité impérieuse de se transformer pour être plus agile et innovante face à un environnement plus complexe, concurrentiel et imprévisible.

Ce besoin vital de transformation s’appuie plus que jamais sur les forces vives de l’organisation. Ainsi les managers, qui ont déjà dû migrer d’une posture d’Expert en charge de la gestion de l’activité à celle de manager Coach, sont sommés aujourd’hui d’embrasser la posture de facilitateur. Ils doivent développer la transversalité et la coopération, « la vraie » lit-on même de-ci de-là !

Car c’est bien là le nerf de la guerre aujourd’hui : face aux réorganisations qui se succèdent et aux inévitables résistances et risques psychosociaux que cela fait croitre, les managers doivent malgré tout s’appuyer sur l’intelligence collective pour innover de nouvelles offres et inventer des modes d’organisation plus adaptés et réactifs, partant du postulat que chacun dans le collectif est dépositaire d’un savoir. Co-élaborerLes modalités créatives proposées en séance (quand elles sont proposées !) permettent justement de se familiariser aux outils et aux démarches d’innovation.

Pour un apprentissage transformationnel

Le co-développement s’avère alors extrêmement modélisant à plusieurs titres. D’abord, il permet au manager de faire l’apprentissage de la divergence comme saine source de solutions nouvelles et pertinentes. Grâce aux outils créatifs, à la pluralité des points de vue et à la confrontation douce, les participants modifient profondément leur regard sur leur situation et sur eux-mêmes. Par un apprentissage transformationnel, au fil des mois ils changent de mindset et par là-même de posture. Ils se dégagent des marges d’action nouvelles et mobilisatrices jusqu’alors jamais envisagées.

Pour faire l’apprentissage de la co-élaboration

Par ailleurs, s’entraînant à l’analyse réflexive, constructive et approfondie des pratiques, les participants font, en parallèle, l’apprentissage de la co-élaboration, c’est-à-dire du fait de penser ensemble, puisqu’il est acquis aujourd’hui, principe de rationalité oblige, que nous sommes plus intelligents à plusieurs.

Ainsi, le manager peut-il modéliser non seulement une méthode mais aussi une posture de facilitation au service d’un travail collectif. Seule condition, que l’animateur Codev facilite la production du groupe avec tact et subtilité. Car, s’appuyant sur le matériau humain et le groupe, le Codev, et donc la facilitation, est une méthode exigeante, qui n’est simple qu’en apparence et nécessite aussi de se transformer soi-même.

Mais au final, quel voyage pour ceux qui vivent cette expérience !

Témoignages

« Depuis la dernière séance de Codev, j’ai transformé une injonction que je vivais mal en opportunité pour trouver des solutions avec le collectif. J’ai partagé la problématique avec le collectif et ça a été l’opportunité de lever des idées, créer du lien managérial, redonner de la motivation, créer de l’entraide et de la solidarité au sein du site, remettre en responsabilité. Et moi ça m’a soulagé d’un poids ! Nous avons maintenant les meilleurs résultats de la direction territoriale ! ».

« J’ai mis en place plein de choses suite à ma séance de Codev. Ça a super bien pris. Les collaborateurs se sont enrichis les uns les autres. Ils travaillent plus intelligemment. Les résultats ont décollé. Le climat social est plus serein. Que du positif ! ».

« J’ai utilisé la méthode en partie pour faire travailler des agents. Il en est sorti un vrai plan d’action, ce qui n’avait jamais été le cas jusque-là. Ça a permis à chacun de s’exprimer, même ceux qui ne le font pas d’habitude et qui ont des choses intéressantes à dire ! ».

 

Vous souhaitez en savoir plus et nous rencontrer. Pour découvrir notre méthode de Codev, envoyez-nous un message.

Coup de coeur

Posture et création de valeur : « les pépites », un film inspirant

10 janvier 2017

Fin 2016, je me suis fait un cadeau : je suis allée voir le film de Xavier de Lausanne intitulé « Les pépites ». Quel beau titre pour un documentaire qui témoigne de l’aventure édifiante d’un couple hors norme !

film-pépites

 

Il y a 25 ans, tout juste retraités, Christian et Marie-France des Pallières découvrent le quotidien inhumain des enfants chiffonniers d’une décharge de Phnom-Penh, au Cambodge. Dans une odeur insoutenable, la nuit comme le jour, pour se nourrir et survivre, ces enfants aux pieds nus et aux yeux hagards sont contraints de fouiller les déchets. Certains y laissent leur vie dans des conditions atroces et le plus total anonymat.

C’est sans compter sur ces deux modestes héros, qui d’étape en étape et sans préméditation, vont changer la vie de plus de 10 000 enfants.

Mais quelles sont ces Pépites et que nous enseignent-elles ? Il y en a beaucoup dans ce film qui a bouleversé le public, j’en retiendrai trois.

 

  • Pépite n°1 : partout et tout le temps, tout est question de posture

Marie-France et Christian n’étaient pas destinés à une telle aventure : « On a trouvé un terrain à vendre…, on n’avait jamais rien construit…, on sentait bien qu’on partait dans une aventure ». Comme beaucoup de bénévoles engagés, ils sont avides de partages et de rencontres, dotés d’une ouverture exceptionnelle sur l’autre, ils sont curieux de comprendre les différences. Et surtout, ils sont tendus par l’envie de vivre leurs rêves : « S’il n’y pas de rêve dans la vie, il n’y a pas de vie ».

C’est cette croyance profondément enracinée en eux qui les conduira à lâcher prise face aux difficultés de la vie, à se faire confiance, à faire le tour du monde en camping-car avec leurs 4 enfants, et bien plus tard, à créer au Cambodge un centre éducatif permettant de scolariser des enfants, mais aussi de soigner et de former les jeunes au métier de leur choix parmi les 28 proposés, bref, de leur permettre aussi de rêver et de reprendre goût à la vie.

 

  • Pépite n°2 : Les émotions sont un formidable carburant

Dans le documentaire, alors que la décharge est fermée depuis longtemps, Christian prononce une phrase assez énigmatique pour moi alors. Avec nostalgie, il fait référence à l’odeur de la décharge qui lui manque. Puis j’ai compris : ce qui va surtout amener ce couple à vendre tous ses biens en France pour changer complètement sa destinée, c’est sa capacité à s’indigner face à l’intolérable : « Nous avons vu les enfants manger dans les ordures de la décharge de Stung Meanchey. C’était à hurler ! Il n’était pas possible, après avoir vu cela, de continuer à vivre normalement. Il fallait faire quelque chose ».
C’est la découverte de cet enfer (odorant) qui Capture d’écran 2017-02-20 à 15.52.49
a donné l’idée aux Pallières de construire une petite paillote à côté de la décharge pour procurer un repas par jour aux enfants. Disons plutôt : ce sont les émotions suscitées par cette découverte, la stupéfaction, l’horreur, l’indignation, la colère qui les pousseront à agir de façon rapide pour répondre à un premier besoin élémentaire de ces enfants : manger. Et l’odeur, comme une empreinte indélébile, fixera pour longtemps ces émotions et donc ce désir irrépressible d’agir pour se battre contre une réalité insupportable et progressivement la transformer.

 

C’est ce qui rend le film terriblement attachant et instructif : la mise en image des émotions qui relient les personnes à des histoires, à des lieux, à des événements et bien sûr à d’autres personnes.

Il montre comment deux individus, guidés uniquement par leurs croyances, leurs valeurs et leur boussole des émotions vont agir pour révolutionner la destinée de ces enfants. Tout cela à un moment où pour beaucoup, c’est presque la fin : la retraite.

 

  • Pépite n°3 : la rencontre et l’écoute, les meilleurs leviers pour créer de la valeur

Marie-France et Christian ont un énorme atout : ils ne jugent pas, ils cherchent à comprendre et à créer la relation : « Faire de chaque jour une surprise, de nouvelles rencontres ». C’est cette intelligence de la relation qui leur permettra d’être patients dans le contact avec ces enfants effarouchés, qui n’ont plus confiance en personne. De comprendre que non, contrairement à ce que l’on aurait pu croire, les enfants n’ont pas besoin d’une charrette pour transporter les déchets : ils veulent simplement aller à l’école, il suffisait de leur demander. Oui les parents et autres adultes maltraitants sont aussi des victimes, la guerre est passée par là, comment leur faire accepter la perte économique liée à ces enfants qui ne travaillent plus mais vont dorénavant à l’école : en leur distribuant des sacs de riz tous les mois en échange de cette scolarisation, en alphabétisant les mères… Comment rendre pérenne l’association grandissante, placée au cœur de la vie locale ? En confiant son administration et ses principales missions aux acteurs locaux : « On ne pouvait pas le faire sans les Cambodgiens ».

Mués par un désir de rencontrer et de venir rapidement en aide, Marie-France et Christian ne font pas les réponses, ils ne pensent pas à la place de l’autre, ils ne cherchent pas avant tout à être pédagogues pour expliquer : ils vivent sur place, ils prennent le temps de l’observation, ils vont vers l’autre. Ils posent des questions simples et écoutent les réponses sans apriori, sans connaissance préalable, ni jugement. Avec une intelligence des situations sans pareille, à chaque étape, face à chaque nouveau défi qui ne manque pas de se présenter, ils incluent toutes les parties prenantes pour des propositions plus pertinentes, répondant au mieux aux besoins exprimés : enfants en premier lieu mais aussi parents, enseignants, médecins, formateurs, assistants sociaux, élus et acteurs locaux, donateurs…

 

 

N’est-ce pas tout cela aussi manager et plus largement entreprendre : une posture, c’est-à-dire une manière d’ETRE, en lâchant prise face à la complexité, en se faisant confiance en dehors de toute expertise, en s’appuyant sur ses valeurs et ses croyances fortes, sur soi, sur les autres et sur la vie, et surtout en étant profondément habité par la volonté d’infléchir une réalité non satisfaisante, là où d’autres, avec fatalisme, ne voient aucune marge de manœuvre ? Souhaitons-nous pour 2017 de multiples occasions de mettre en œuvre ces enseignements tous ensemble, pour améliorer modestement et efficacement nos environnements proches et par là-même notre monde.

 

Pour visiter le site de l’association « Pour un Sourire d’Enfant » :

http://www.pse.ong/fr

http://www.pse.ong/sites/default/files/EXTRAIT_ALBUM_LES_PEPITES.pdf

Pour voir la bande annonce du film :

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19563848&cfilm=246461.html